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Une Maison de Poupée

Une maison de poupée d’Henrik Ibsen,
m.e.s. Laurent Rossini,Théâtre de l’Île, Nouméa, 22 juin 2017 :
étape 1 du parcours de spectateur des élèves de 1ère et de Terminale de l’option théâtre

Quelques minutes avant 20h, le fronton illuminé du théâtre de Nouville appelle son public, les 18 élèves du Lycée Antoine Kéla viennent s’y mêler pour prendre bien vite bonne place face à un rideau ouvert qui donne à voir d’emblée le décor de la pièce.
Assis pour deux heures et dix minutes d’un spectacle riche en paroles et en tension psychologique mais très économe d’actions, nos jeunes spectateurs auraient pu céder à la fatigue de la longue journée ou pire, au diable qu’est l’ennui au théâtre selon Peter Brook. C’est tout au contraire les yeux bien ouverts et l’esprit aux aguets qu’ils ont vu comment Nora, très subtilement interprétée par Olivia Duchesne, prise au piège du pouvoir masculin et du conformisme social se libère in extremis dans un sursaut salvateur. A ses côtés le travail de Stéphane Piochaud jouant Krogstad a bien fait sentir aussi aux apprentis spectateurs la complexité du personnage aussi laid en maître chanteur qu’il est touchant en coeur solitaire. Toute la distribution est ainsi à saluer à l’image d’André Luserga, par ailleurs intervenant régulier auprès de nos élèves, qui campe un docteur Rank tout en nuances cachant longtemps le secret de ses sentiments. La décision finale de Nora a provoqué une émotion palpable dans le public et suscité des réactions très contrastées dans la discussion qui a eu lieu après le spectacle.
Ce dernier moment a été d’un grande force émotionnelle entre les acteurs, restés en bord de scène malgré l’épuisement, et nos jeunes dont certains avaient le souffle littéralement coupé à la fin du spectacle. Une discussion sur les thématiques évoquées par la pièce a bien montré, s’il le fallait, qu’un auteur du nord de l’Europe, mort depuis plus d’un siècle, peut parler à des jeunes bien vivants du nord de la Calédonie d’aujourd’hui. Jusqu’où une femme peut-elle accepter d’être un jouet dans les mains des hommes ? Que peut-elle accepter de sacrifier pour s’en libérer ? Qui porte la responsabilité d’une relation de domination ?
Il est démontré une fois de plus que le théâtre est bien un lieu propice aux débats, à la re-formulation de questions toujours ouvertes. Prochain rendez-vous le 3 août pour Petites Virtuosités au Théâtre de l’Île.

Lionel ROUZIER

Mise à jour :
31 juillet 2017

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